La Jeanne d'Arc tibétaine vient remercier la France
LE MONDE - LE 01.07.03
Certains de ses compatriotes la surnomment "la Jeanne d'Arc tibétaine". A 24 ans, Ngawang Sangdrol est l'une des figures emblématiques de la résistance à l'occupation de leur pays par la Chine. Après avoir passé dix ans dans les prisons de Lhassa, la capitale du Tibet, cette jeune nonne bouddhiste parcourt le monde pour, dit-elle, "défendre la cause" de son peuple.
Après les Etats-Unis, la Suisse et l'Allemagne, la voilà à Paris, où plusieurs députés et sénateurs, qui animent des groupes d'étude et d'information sur la question tibétaine à l'Assemblée nationale et au Sénat, ont prévu de l'accueillir, mercredi 2 juillet. Il faut dire que le Toit du monde intéresse de nombreux parlementaires, qu'ils soient de l'UMP (Lionnel Luca, Louis de Broissia...) ou du PS (Patrick Bloche, Yolande Boyer...).
Ngawang Sangdrol, dont Le Monde avait retracé le destin dans une enquête publiée en octobre 1999 sous le titre "La prisonnière de Lhassa", est entrée en résistance dès l'âge de 9 ans. Elle a effectué plusieurs séjours en prison ; le dernier de 1992 à 2002 pour avoir pris part à une manifestation pacifique contre l'occupation chinoise. En théorie, elle ne devait pas être libérée avant 2010, mais la détérioration de son état de santé et une forte mobilisation internationale ont incité Pékin à accepter une libération anticipée le 17 octobre 2002. En l'autorisant, cinq mois plus tard, à se rendre à l'étranger, le gouvernement chinois a surpris les Tibétains en exil, qui ont vu là un geste positif à l'égard du royaume des Neiges, occupé depuis 1950.
La France et les Etats-Unis ont joué un rôle important dans cette libération. A l'initiative du Comité de soutien au peuple tibétain (CSPT France), de nombreuses personnalités se sont mobilisées en faveur de la jeune religieuse : des artistes (Véronique Samson, Yves Duteil, I Muvrini...), des cinéastes (Costa Gavras, Alain Corneau...), mais aussi des élus de tous bords (Roselyne Bachelot, Yves Cochet...). Le Quai d'Orsay a également multiplié les interventions auprès de Pékin. D'où, aujourd'hui, cette brève escale parisienne de trois jours. "La France m'a aidée, je viens la remercier", confie Ngawang Sangdrol au Monde.
Philippe Broussard
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.07.03